Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre (Corneille)
Une semaine que l'on fait les cartons, rénove l'ancien appartement à réparer ce que j'ai cassé dans ma nervosité ; repeins le nouveau. On est éreinté. Le propriétaire nous offre trois semaines
pour le faire. On est un début août 2007. On dors déjà, dans l'odeur de peinture et d'affaires non rangées, dans notre nouvelle adresse. Sur un matelas. On s'installe avant même la fin de la
rénovation. Trop content de quitter mon purgatoire.
Le déménagement ce termine enfin. Je descend prendre les dernières affaires qui restent dans la fourgonnette de mon oncle. Une clio blanche passe par là remplit de J ; klaxonne deux fois à mon
niveau. Je les regarde d'un air méchant et leur fait : faite gaffe, je vais me fâcher. Ils rient. Reklaxonne un peu plus loin. Ça commence bien. Ils sont déjà au courant de ma nouvelle
tanière.
L'appartement est achevé, je me sens soulagé. La roue tourne, l'espoir renaît.
Saturé d'appartement coloré, on peint le tout en blanc, neutre. J'ai besoin d'air. La seule note coloré ce trouve sur l'encadrure des portes. Du bleu ciel, de l'orange, du jaune moyen et du
fuschia. Seul les murs de la salle de bain sont peints ; en bleu. Pas très originale, je sais. Des meubles et accessoires nous manquent. L'ancienne cuisine était équipée. J'avais revendu la
mienne à l'époque. Le réfrigérateur et la gaziniére, ont les achète pour une bouchée de pain à la mère d'une connaissance qui part en maison de retraite. Un ensemble des année quatre vingt. La
petite table en pin brut, chez IKEA, repeinte avec un reste de bleu. Les chaises verte en plastique et métal également. Des étagères que Joaquim a en stock sont placés contre un mur. Je n'aime
pas ce côté pas finit. Il faut les recouvrir sinon la poussière ce mettra sur la vaisselle. On trouve des draps pour enfants ; des lettres multicolores sur fond blanc. Le talent couturier de Jo
fait le reste. Le salon de vingt deux mètres carrés manque de fauteuils et de chaises. Les anciennes étant cassés. On en avait pas besoin puisque je n'avais plus de salle à manger, transformé en
atelier de peintre. On recevais dans la cuisine accessoirisé d'un banc de coin et de chaises. On arpente les dépôts vente ; trouve deux fauteuils année cinquante en fausse fourrure grise, dans un
autre deux sièges orange des années soixante dix. Le gris ne persuade pas mon ami. J'ai ma petite idée pour les remasterisés. Je les teins avec de la teinture pour vêtement, en orange et
violet. Un mauve proche de la "commodité du baiser" ; meuble que j'avais créer comme réponse à l'homophobie environnante. Un couple sur chaque face ; deux femmes, deux hommes, un homme et
une femme. Crée pour une exposition sur le même sujet. Montrant ainsi que j'assumais ce que je suis. Ce fut un succès. Le canapé, un lit une place auquel on a ajouté des carrés de mousse
compensée, en guise de reposoir. Un drap violet le recouvre. La chambre, l'armoire que j'avais et le lit à Joa. Il en avait marre de dormir sur un matelas, pourtant grand et confortable. La
troisième pièce et utilisé comme bureau-atelier. Ça y est, tout est prêt. Reflète l'harmonie. Décoré, joli et pas cher. Ne ressemblant pas à la déco stéréotypé de la marque en bleu et jaune. Qui
s'installe depuis peu en Chine. Après des yeux débridés pour adopter le modèle occidental, voilà qu'ils ce meubles à notre sauce. Une culture de masse ou il n'y a plus de place pour
l'originalité.
Une drôle de sensation d'avoir à nouveau un salon. Un plaisir ; un mot oublié que je redécouvre. Mes assaillants m'en avait privé.
Mon mental n'est pas encore au beau fixe, encore dans la dynamique d'un harcelé. Les neuroleptiques calment mes angoisses. Mais pas tout le reste.
Je croise un employé qui travaille en bas.
- bonjour, désolé pour le bruit, on est entrain d'aménager. Ca va ce calmer.
- pas de problème on entend rien.
Super, du calme bien isolé. J'en profite pour augmenter le volume de ma radio.
Le lendemain je vois cette même personne rôder le téléphone à la main, le nez à l'air scrutant mes fenêtres à simple vitrage. Il à l'air gêné. Lui dis bonjour.
Tous ce passe bien pendant quinze jour. Un soir, des basses, il est minuit. Mon coeur s'affole, mes tripes ce nouent. Je m'agite dans mon lit.
- tu entends. Dis je à Jo.
Il ricane. Trouve que ce n'est pas fort. J'insiste. Il descend. Je l'attends.
- c'est en dessous, mais je n'ai presque rien entendu, malgré leur porte entre ouverte. Dort.
Au matin des klaxons me réveillent. J'ai la bouche pâteuse, le résultat d'une nuit sans sommeil. Une porte claque, résonne. M'extirpe de ma couche, le pas lourd. Fais un café corsé. Joaquim
ronfle. La porte d'en dessous claque à nouveau. Le stresse me gagne, je range bruyamment la vaisselle de la veille. En haut la porte d'une armoire tonne. La chasse d'eau manuel ressemble à un
torrent. Je grignote. Joaquim apparaît. Il n'a pas le temps de rassembler ses idées, que déjà je lui parle de l'incident de la nuit précédente. S'étouffe avec sa tartine. Va s'isoler dans le
bureau, ce met à son ordinateur.
Deux jours ce passe, la musique retenti à nouveau dans mon lit. Cette fois Joaquim leur demande de faire moins fort. Ils sont surpris.
La journée on range le reste des affaires, en profite pour faire le tri dans mes papiers. Tombe sur le certificat du médecin urgentiste. Me dit qu'il n'a rien compris comme les autres. Je ne suis
pas psychotique, Juste une victime.
Tut, tut. Je laisse tomber les documents que j'ai en main. Joa m'observe. Ne fait pas de réflection. L'épisode de la veille suffit. Tut, tut. Dix minutes plus tard ; tut, tut. Je cours à la
fenêtre pour voire. Une twingo verte. Ça me dit quelque chose. Au feu rouge au bout de la rue, idem. A ce croisement est placé une benne de recyclage de verre. Le verre tombe. Je ne m'inquiète
pas outre mesure. Tut, tut. Ce son me transperce. Je vois en bas une Cx bleu garé, une personne d'origine indienne assise à l'intérieur. Referme la baie vitrée. Je m'allonge pour une sieste.
Quelqu'un recycle quelques instant plus tard. Encore un hasard. D'un seul coup de la musique forte arrive à mes oreilles. Je les colle par terre. Le cabinet d'archi. Ils se vengent. Des
remontées acide remonte le long de ma gorge, mon caillou ce manifeste. Au bout d'un quart d'heure j'abandonne la partie. Je me léve, claque la porte par dépit. Un objet tombe sur le sol chez mes
voisines du dessus.
Tut, tut. Je remarque pour la deuxième fois cette Cx garé un peu plus loin avec le même individu qui squatte devant mon immeuble. Le lendemain et le surlendemain aussi. Je décide de le prendre en
photo. Manque de chance, le reflet ne montre rien de probant. Ce visage ne m'est pas inconnu, le véhicule non plus. Bizarre. Je ne l'ai plus revu.
La télévision affiche que trois chaînes. L'immeuble est câblé. On s'abonne chez free. Joa est obligé de s'occuper de l'installation. Mais il ne comprend rien au téléphone, son français n'est pas
encore parfait. Me demande de m'en occupé. Impossible, je fuis les responsabilité, encore trop fragile. Je n'y arrive pas. Il est exaspéré. Je finis aprés deux semaines, à appeler la hotline.
C'est régler en cinq minutes. En attendant, on a trouvé un internet café tenu par un marocain de Casa, sympa. Cela ne dura pas. Tut, tut. La même impression qu'à La Ciotat. Qu'on lui a raconté
des conneries à mon sujet. Y pense et puis oublie. La freebox arrive juste à temps. Deux cent canaux, le téléphone gratuit. Jo pourra enfin joindre plus souvent sa famille sans compter les
minutes, un soulagement pour lui. Un lien qui ce recrée. Grâce à la webcam, ils pourront ce voir. Vive le progrès.
Quinze jour que l'on est installé, un soir devant la télévision, la fenêtre ouverte ; j'entends :
- je veux qu'il n'ai jamais la paix ce sale pd ; Je veux qu'il crève ce sale pd !
Son acolyte rit et rajoute :
- tu exagère
- je veux qu'il créve ; sale chien.
Tétanisé, je ne réagis pas. Malgré l'envie de voir la gueule de ces petits cons qui me menacent.
- t'as entendus. Dis je à Joa
- pd, c'est une insulte courante. ils ne parlaient pas de toi !
- tu veux rire, et ces menaces de mort ; c'est quoi alors.
Angoissé, solitaire, je vais me coucher. Tut, tut.
La musique devient contagieuse en haut, en bas ; pris en sandwich. Je m'en plaint auprès de mon ami. Dans le bureau on entend rien. J'en parle à Nathalie qui me dit qu'elle connaît un
Roland. Une semaine, et la réponse tombe. Les enceintes des archi ce trouvent dans le faux plafond. Rien d'étonnant que l'on entend à ce point., à quelques centimètres de mon sol. Elle me
dit qu'elle n'apprécierais pas non plus ce genre de chose. Pour la porte, elle est soit disant cassée. Je m'étonne car au début je n'ai rien entendu. La preuve qu'ils peuvent faire moins fort. Je
commence par faire une fixette sur la porte. Un soir à vingt trois heures, elle claque. J'ouvre ma fenêtre et gueule :
- dites, vous ne pouvez pas faire attention
Surpris par ce diable qui sort de sa boîte. Il bafouille
- désolé, j'avais oublié ma mallette.
Ma rencontre avec Roland, un gentil garçon pourtant.
Lors d'un petit somme, en position semi sommeil. Je me réveille en sursaut. Mon cerveau hyperactif a trouvé de qui il s'agissait dans la Cx. Le responsable du restaurant le "Ganesha".
L'association des restaurateur de mon ancien quartier s'invite dans mon nouveau repère. Continu de me mettre la pression. Il m'en veulent. Pourquoi ? La réponse reste en suspend.
Le garagiste ce manifeste de plus en plus. Il commence à sept heures du matin avec son remonte pneu. Cela devient une constante. La musique dès neuf heures. Un matin, je craque, pogne dans un
mur. Parle fort dans le salon, ras le bol de ces sons. La musique s'arrête net. Me recouche perturbé. Un tiroir ce ferme violemment. La porte claque toujours et encore. Au bord de la crise de
nerf. Prend un remontant, de la caféine, du robusta. M'engueule avec mon compagnon. Tut, tut. Les avertisseurs sonores fleurissent. Ils sont devenus légion. Ceux du dessous ce rajoutent à cette
ronde mélodique, mécanique. Monte le niveau sonore à chacune de mes, de nos siestes. Décide de dormir sur le canapé. Des portes de placards, boum, boum. Ils ce foutent de moi.
La confirmation arriva, alors que je fume une clope à la fenêtre du salon. L'un des stagiaires dit à un des ses collègues :
- la musique est un peu forte, non
- on verra bien si il râle.
Je ne dis rien, il le sait. Me connaît déjà. Tapette sans couille. Je ne tarde pas à me méfier de lui.
Au lieu d'aller les voir, je prends la tête à Jo, qui ne comprend pas pourquoi je ne me bouge pas.
- Un peu de nerf m'enfin. Il ne vont pas te manger. Arrête de me tanner. J'ai l'impression que tu recommence ton cirque.
Mes traqueurs m'ont tellement vrillé l'esprit que je ne sais plus comment me comporter avec mon voisinage, en société. J'ai perdu mes repère. L'impression que tous le monde m'en veut, m'agresse.
Confirmé parfois par l'agissement trouble de certains.
J'accroche mon linge dehors sur le balcon. J'entends toussé deux fois, puis tapette. Tut, tut. Me dis que ces paroles proviennent d'en dessous. Je ferme la porte fenêtre avec frénésie. Ça ne ce
passera pas comme cela cette fois. Pauvre con. Tut, tut. Toujours cette mauvaise impression que l'on entend mes paroles. Je décide de les tester. Je hausse le ton, en faisant comme si je parlais
à Joa :
- si ils continent à nous faire chier cela la en bas, ça va péter, gare à leur voiture.
Le résultat ne ce fit pas attendre. Le soir avant de partir ils inspectent tous leur véhicule, au cas ou. Je le savais, ils entendais bien et savait donc quand on disait les mots magique ;
dormir, sieste. Et haut dessus, je fis de même. Un samedi alors que l'on discutait à voie haute. Je crie :
- je veux déménager, c'est trop sonore içi. J'en ai marre. Deux mois que l'on subit leur assaut. Je veux partir.
- Philippe, je te préviens qu'après cela , c'est la dernière fois, sinon je te quitte. Mais c'est toi qui cherche cette fois.
Les semaines suivante ont entendis les mouches baisaient.
Ils est temps de lancer des invitation pour la crémaillère. Par petit groupe, pas envie de foule. Un midi pour le déjeuner Nina et Nélle. On a bien rit, Un moment agréable, gâché tout de suite
après, alors que j'aère la pièce. Toujours le même employé qui parle avec son collègue.
- putain c'est quoi ce bordel !
Nous n'étions que quatre, pas de quoi fouetter un chat. Ils miaulaient. On invitera dorénavant le soir quand il seront partis.
Vint le dîner avec Sylvette et Claude. Au milieu du repas. On sonne à la porte. J'ouvre. Une jeune demoiselle, le cou raide, fière :
- désolé, mais est ce que par hasard vous avez un plomb de rechange. Il n'y a plus de courant chez moi.
Je finis par là reconnaître, une ancienne voisine du 3, rue de l'Abattoir. Je passe par la cuisine, constate, de la lumière à travers une interstice du volet des voisins. Elle n'est pas ma
voisine, uniquement une de leur amie. Décidément pas de bol. J'avais une chance sur plusieurs million de tomber sur elle. Elle est pourtant bien devant ma porte. Elle est son appareil dentaire.
Pendant que je cherche le fusible. Sylvette lui présente son chihuahua. elle s"enfout, bien sur. Reste droite, le nez en l'air.
- tenez , c'est bien cela
- oui
je le lui tends, l'effleure. Un courant électrique passe. J'ai les poils qui ce dressent.
- au revoir.
Elle ne répond pas. Je suis resté poli. Je mange avec appétit. Un peu inquiet tout de même. Merde, et merde. Il va falloir que je fasse attention à ceux d'à côté aussi. Un couple mixte, A et
français, des J. Le profil type de mes attaquants.